25 octobre 2006
REMISE DES INSIGNES DE L'ORDRE DES ARTS ET DES LETTRES A FRANCOIS-XAVIER d'HEROUVILLE
Mairie du 7ème arrondissement
jeudi 30 novembre 2006
DISCOURS DE YVES d’HEROUVILLE,
Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres
Une remise de décoration, c’est un peu comme une pièce de théâtre. Elle met en scène un certain nombre de personnages qui, tour à tour, doivent tenir leur rôle. Moins on improvise, mieux cela marche. La spontanéité se gère et se prévoit.
1er rôle : le récipiendaire : c’est le héros.
2nd rôle : le public, amis, famille, personnalités, élus. Le public est par vocation bon enfant. Le public est le témoin muet ou (quasiment) de la pièce. Il lui sera permis tout à l’heure d’intervenir et de manifester par ses applaudissements son approbation, sa satisfaction, voire son émotion. Le public sert de soutien et son rôle est donc capital.
3ème rôle : le parrain, c’est le complice, le faire-valoir.
Mais cette cérémonie commence par un face à face : parrain/récipiendaire, avec la double question qui vient à l’esprit : pourquoi moi et surtout pourquoi lui.
Oncle François, si nous sommes ici autour de vous, c’est parce que, comme diraient vos petits-enfants, parce que vous êtes un chouette grand-père (Cf. page 59 du « Fabuleux Bestiaire de François-Xavier d’Hérouville ») ; d’ailleurs, n’est ce point le titre de vos premières œuvres qui évoque une famille de chouettes ?
Rien, vraiment rien ne vous prédestinait à ce qu’un jour la République française par la voix (et la voie) de son Ministre de la Culture et de la Communication vous récompense parce que vous vous êtes distingués par vos créations, par vos œuvres et qu’ainsi vous avez contribué et vous contribuez encore au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde. Eh oui dans le monde !
Qui aurait pu penser qu’un jour vos œuvres soient considérées comme un exemple de la diversité culturelle, de l’exception culturelle. Cette exception et cette diversité participent au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce au combat contre l’uniformisation des cultures et nous sommes tous ici sensibles à ce que notre culture conserve ses caractéristiques, ses excentricités, son caractère si singulier.
Bien que né dans le 7ème arrondissement de Paris, vous passez la première partie de votre vie aux Guillaumes sur la commune d’Isdes dans le Loiret au contact permanent de la nature et du Beuvron. Après de longues années d’homme des bois, vous parcourez les routes de Sologne au volant d’une « Juva 4 » pour défendre et illustrer les produits et services modernes destinés à faciliter le travail des fermiers et des éleveurs - que l’on appelait pas encore « exploitants agricoles » - pour le compte de « Surge Melotte Gascoigne », puis de « Solvay ». Pendant cette période, vous avez vu l’implantation tout azimut du machinisme agricole et donc la mise au rebut de ces merveilleux outils indispensables au travail manuel destinés à bêcher, piocher, sarcler. Pour vous, ces instruments des travaux des champs et des bois, ces objets métalliques, maintes et maintes fois tenus en mains ne pouvaient pas rester de simples morceaux de ferraille tordus et rouillés. C’était sans compter une intervention divine. Aussi, par une belle journée de Pentecôte 1971, le souffle, le don de l’Esprit, est descendu sur vous et a pris une forme solognote puisque votre première création est un vilain petit canard (dit le premier-né) élaboré à partir d’un crochet de palonnier et d’un piton.
Vous vous mettez donc à parler une nouvelle langue par la main de l’artiste. Cette nouvelle langue universelle, c’est la sculpture et la ferronnerie, vous devenez « réanimateur » de vieux outils agricoles et forestiers, je dirais anesthésiste-réanimateur ! En effet, toutes ces pièces métalliques condamnées à rouiller dans la cour des fermes, anesthésiées par la modernité, vont revivre, vont trouver un nouveau souffle, un nouveau cœur, une nouvelle vie. A partir de ces pointes de bineuses, de ces socs de butteurs, de ces lames de coupe-paille, de ces fers à bœufs, de ces tarières de tonneliers et autres gaffes d’éclusier vous élaborez des compositions et des représentations artistiques d’animaux et de bestiaux. Et c’est là votre génie, Oncle François. De cette matière inerte vous faîtes des œuvres, en faisant respirer la matière et c’est là votre deuxième talent de réanimateur.
Non, vous ne cédez pas à la facilité d’un César qui compressait, comprimait et ratatinait tout ce qu’il manipulait. Vous faites le choix d’épanouir la matière, de l’élancer, en n’excluant pas grâce et harmonie, et, en même temps vos créations s’autorisent une dimension ludique. Aucune hésitation, vous êtes bien passé en 35 ans de pratique amateur de l’art à l’artiste de plein exercice. Vous avez rencontré bien sûr obstacles et difficultés, mais vous n’avez jamais baissé les bras.
L’art, nous précise le dictionnaire, est la manière de faire une chose selon les règles. C’est aussi l’expression d’un idéal de beauté dans les œuvres humaines.
Oncle François, vous n’êtes pas un conformiste et vous n’avez pas le goût des chemins écrits à l’avance. Vous avez le goût du défi, la soif des découvertes et des remises en question. Vous êtes un artiste désintéressé. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas être un artiste distingué et aujourd’hui nous participons tous à la reconnaissance officielle de votre talent… ce qui ne veut surtout pas dire que vous êtes un artiste officiel !
Merci donc, Oncle François, d’être un homme d’engagement, d’être un homme de fidélité, d’aimer passionnément la France et de ne jamais douter d’elle.
L’ordre dans lequel vous entrez est prestigieux, il jouit d’une grande notoriété aussi bien auprès d’artistes français qu’étrangers. Les décorés sont peu nombreux mais choisis avec une grande qualité. Pour des étrangers, cette décoration est souvent plus précieuse que les ordres nationaux eux-mêmes.
Dans votre promotion, celle de janvier 2006, autour de François-Xavier d’Hérouville, on trouve entre autres le dessinateur Sempé, le chanteur Enrico Macias, les comédiens Darry Cowl et Lambert Wilson, le pianiste pascal Amoyel et l’humoriste Sylvie Joly.
L’ordre des Arts et des Lettres est, bien sûr, un ordre fondé sur le mérite et non pas sur la naissance. De plus, Cher Oncle François, Cher François-Xavier d’Hérouville, cet insigne de l’ordre est vraiment fait pour vous. Il est en effet l’œuvre d’un grand ferronnier : Raymond Subes. Raymond Subes a travaillé le fer forgé avec « richesse, élégance et simplicité ». Il puisa d’abord son inspiration dans la nature : feuillage abondant, fleurs, grappes de raisins avant de transformer son style jusqu’à l’abstraction dans les années 30. Cette décoration exceptionnelle dans ses qualités esthétiques porte une anomalie ou plus exactement une exception, elle présente l’effigie de la République sur le revers et non sur l’avers. L’harmonie et la beauté de sa forme, l’élégance et la simplicité de ses couleurs vous iront droit au cœur.
Depuis des années votre famille et vos amis vous avaient reconnu ces mérites et ce talent. Cher Oncle François, aujourd’hui c’est le gouvernement de la France qui vous les reconnaît en me déléguant ses pouvoirs pour vous remettre la distinction qu’il vous a accordée. Aussi, au nom de Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, je vous fais, Cher François-Xavier d’Hérouville, Cher Oncle François, Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.

14:14 Publié dans EXPOSITION | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : remise, insignes, chevalier, ordre, des arts et des lettres, françois-xavier d'hérouville












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